LE FOL UNIVERS DE GASTON LEBRAVE

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 L'autruche à l'eau

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Claudius
grand malade psychiatrique


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où t'habites?: Le 77
Date d'inscription: 08/05/2005

MessageSujet: L'autruche à l'eau   Mer 16 Avr - 18:07

Bonjour, l'arrivée de Dave parmi nous m'a rappelé un petit jeu que je voudrais vous proposer.

Tout d'abord, une petite introduction (indolore, rassurez-vous)

Il y a quelques temps j'avais acheté une anthologie de l'émission "Des papous dans la tête, les décraqués" édité chez Gallimard. Je l'avais feuilleté, rencontré des noms que j'aime comme Hervé Le Tellier, des textes drôles, des gens passionnants comme Gérard Mordillat (je vous recommande "Vive la Sociale"), bref, un bouquin très sympathique pour qui aime jouer avec les mots.

Cette émission; c'est une aventure radiophonique que l'on pouvait suivre sur France Culture. Le maître mot de ces émissions, c'est le jeu. Jouer avec les mots, avec le langage. Il s'agit de littérature à contraintes. Toutes sortes de contraintes.

Lors d'une de ces émissions, on avait demandé à Patrice Delbourg de jouer. On lui a donné une phrase de départ, empruntée à Pierre Bettencourt, et une phrase de fin mijotée par Patrick Besnier. Elles sont naturellement très éloignées l'une de l'autre.

Phrase de début :
"Aujourd'hui je me suis fait descendre au fond du puits. C'est l'époque des pluies, le niveau monte de 20 cm par heure."
Phrase de fin:
"Eh bien tu vois ma petite, dit mon grand-père en appuyant sur le bouton rouge, tu vois, sur ce plan-là au moins, Staline avait parfaitement raison."

Là-dessus, il devait raconter une petite histoire, sans autre contrainte que d'utiliser ces deux phrases.

Dans le billet suivant, le résultat.

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Le troisième millénaire devrait surpasser le deuxième en qualité; en quantité, par contre, on devrait s'y retrouver.


Dernière édition par Claudius le Mer 16 Avr - 18:12, édité 1 fois
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Claudius
grand malade psychiatrique


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MessageSujet: Re: L'autruche à l'eau   Mer 16 Avr - 18:10

Aujourd'hui je me suis fait descendre au fond du puits. C'est l'époque des pluies, le niveau monte de 20 cm par heure. Gontran Chasseuil, Basile Rouffignac, Hervé Cotentin et Victor Maury sont déjà en place dans les wagonnets plombés. C'est la septième épreuve de "Défi pour une gueule noire", grand jeu organisé par Télé Luxembourg dans les anciens corons de la Chapelle-d'Armentières. Les environs ont été transformés en Fort Boyard; sur les terrils les caméras filment sans relâche. Des hôtesses en mini tailleurs Chanel canalisent les spectateurs.

Au début du jeu, en décembre dernier, nous étions 43 candidats, tous volontaires. Maintenant nous ne sommes plus que 5 : Gontran, Basile, Hervé, Victor et moi. Ce soir il y aura 3 nouveaux éliminés. Je suis la seule fille parmi les rescapés. Mon nom est Anette, Anette Flahute. Ma famille est venue m'encourager. Avant de descendre au fond du puits je peux apercevoir mon cousin de Saint-Omer, Dadi, la petite Lise de Bailleul, et mon vieux pépé qui a fait toutes les guerres. Cela fait chaud au coeur de les voir là.

Je prend place dans le wagonnet qui est déjà à moitié immergé dans l'eau glacée. Quelques tarentules grouillent dans l'habitacle. On doit boire un flacon de jus de poisson avarié, et se glisser des aiguilles de gramophone sous les ongles, tandis que le wagonnet tourne sur lui-même dans le marigot. C'est la règle du jeu. Des caméras à infrarouge ne cessent de fimer dans le limon. Je sens que Victor Maury essaye de dégraffer mon soutien-gorge avec une clé de douze. Je lui rectifie les joyeuses. Hervé Cotentin me tire les cheveux et tente de m'arracher mon tuba. Je lui plante mon piolet à grisou dans la fémorale gauche. La mêlée fait rage au fond du puits de la mine !

Trente cinq secondes déjà sans oxygène, le corps est une glacière, mes tympans se transforment en sangsues, j'essaie une dernière fois de griffer mes adversaires au visage. Mes jambes ont des fourmis rouges. Un coma terreux m'agrippe les tempes.

Je me réveille avec un masque à oxygène sur le nez.

Tout autour de moi on applaudit.

"Je suis en finale ! Je suis en finale ! " contre Basile Rouffignac.

La dernière épreuve est un quizz. Chaque finaliste a le droit de se faire aider par un refort. Moi je choisis mon vieux pépé, il est sacrément balèze. Basile Rouffignac choisit "géographie". C'est le curé qui lui sert de renfort. On lui demande la capitale du Bhoutan : Punakha qu'ils disent.
Faux, c'est faux, c'est Thimphu !
Raté ! Eliminé !
C'est notre tour maintenant. Si on dit bon on a gagné. A nous le gros lot de "Défi pour une gueule noire" : une semaine de visite guidée à Berk-Plage pour deux, dans les nouveaux établissements de Proprio Sensitivité. Ca, c'est drôlement chic !

Voilà la question qui nous est proposée : "Combien de dissidents furent déportés dans l'île de Sakhaline entre 1948 et 1951?"
- 180 000 ?
- 1 800 000 ?
- 18 000 000 ?
Trois boutons sont à notre disposition, un jaune, un vert et un rouge correspondant à chaque réponse.
Pépé exulte, ses yeux jettent des éclairs et des faucilles. Ses membres soudain animés d'un shimmy de roue motrice.
Il ne prend même pas la peine de me consulter : "Eh bien tu vois ma petite, dit mon grand-père en appuyant sur le bouton rouge, tu vois, sur ce plan-là au moins, Staline avait parfaitement raison."

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Claudius
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MessageSujet: Re: L'autruche à l'eau   Mer 16 Avr - 18:27

Voilà.

Parmi les bouquins que j'ai sur mon bureau, je vais extraire deux phrases.
Voici la première qui sera la phrase de début (elle est tirée de "Dans les bois éternels" un bon polar de Fred Vargas) :

En coinçant le rideau de sa fenêtre avec une pince à linge, Lucio pouvait observer le nouveau voisin mieux à son aise.

La deuxième phrase, qui servira de phrase de fin est tirée de Deception point, un pavé de Dan Brown que je n'ai pas encore attaqué.

Mais c'est bien le pays des ours polaires, n'est-ce pas ? demanda Rachel qui ne se rappelait jamais lequel des pôles était peuplé d'ours et lequel abritait les pingouins.

Si le coeur vous en dit, le but du jeu est donc d'écrire une petite histoire, pas trop longue, utilisant comme début et fin les phrases ci-dessus.

Bonne imagination.

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Dave
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MessageSujet: Re: L'autruche à l'eau   Ven 18 Avr - 18:05

En coinçant le rideau de sa fenêtre avec une pince à linge, Lucio pouvait observer le nouveau voisin mieux à son aise. Il adorait le voir tourner en rond dans sa chambre, qu’il semblait ne jamais quitter, et soudain, tomber d’épuisement dans un large fauteuil ; large puisqu’il était capable de contenir les énormes fesses du nouveau voisin. La femme de ce mastodonte avait un comportement tout aussi étrange. Elle restait, elle aussi, cloîtrée dans sa chambre, située à l’autre bout de l’appartement, et, elle aussi, tournait sans cesse en rond, avant de s’affaler, quant à elle, sur son lit, puisqu’il est irréaliste de penser qu’un fauteuil aurait pu contenir son fondement.

Lucio et sa femme Rachel pouvaient passer des heures à regarder leurs voisins d’en face tournoyer dans leur pièce respective, comme des hamsters en cage. Mais à chaque jour, ils regardaient la femme ou l’homme, alternativement, comme s’ils avaient peur de se lasser. Car leurs nouveaux voisins, eux, ne changeaient jamais, toujours la même routine, même leurs vêtements ne changeaient jamais, toujours les mêmes pyjamas ridicules ; avec des ours polaires pour le joufflu, avec des pingouins pour la boursouflée.

En soirée, revenus du travail, le couple voyeur s’apprêtait à s’installer, leur dîner sur les genoux, pour leur théâtre de fin de soirée. Cependant, Rachel ne semblait plus savoir dans quelle direction placer les chaises. "Vers quel pôle d’attraction nous tournerons-nous ce soir, chéri ?" demanda t’elle à son mari. "C’est le tour de la chambre de gauche ce soir !" rétorqua t’il. "Mais c'est bien le pays des ours polaires, n'est-ce pas ?" demanda Rachel qui ne se rappelait jamais lequel des pôles était peuplé d'ours et lequel abritait les pingouins.
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Claudius
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MessageSujet: Re: L'autruche à l'eau   Dim 4 Mai - 17:51

En coinçant le rideau de sa fenêtre avec une pince à linge, Lucio pouvait observer le nouveau voisin mieux à son aise. Rachel détestait cette habitude, mais elle s'avouait intérieurement que celle-ci leur rendait bien service. Cette manie leur permettait de regarder la télévision. beaucoup trop radins pour en acquérir une, trop radins pour acquérir quoi que ce soit d'ailleurs, ils comptaient tous les deux sur les jeux divers et variés qui occupaient leur journée pour monter leur ménage. Manque de chance, ils avaient été livré de 3 lave-vaisselles, d'une bonne dizaine de lecteurs de DVD, de victuailles qui leur permettraient de tenir jusqu'au prochain mai 68 et d'une foule d'autres choses dont ils n'avaient aucune utilité; mais de téléviseur, point. Leur emploi du temps avait beau être tout entier consacré à chercher et surtout à trouver les réponses à des questions aussi inattendues les unes que les autres, la petite lucarne, surtout sur écran plasma géant, comme celle du voisin justement, leur manquait cruellement.
Lucio interrompit ses pensées en chuchotant, comme si les murs n'existaient pas, "ça y est, il est branché sur "Planète".
Très bien, lui répondit-elle, soit attentif et dit moi, c'est l'artique ou l'antartique ?.
En attendant la réponse, elle triturait son questionnaire VIVAGEL qui contenait la question sur laquelle elle butait depuis quelques jours, cette fameuse question sur le pôle nord qui la tenait éveillée jusqu'à tard dans la nuit. Elle relança Lucio : "Mais c'est bien le pays des ours polaires, n'est-ce pas ? demanda Rachel qui ne se rappelait jamais lequel des pôles était peuplé d'ours et lequel abritait les pingouins.

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Gastonlebrave
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MessageSujet: Re: L'autruche à l'eau   Dim 4 Mai - 22:09

En coinçant le rideau de sa fenêtre avec une pince à linge, Lucio pouvait observer le nouveau voisin mieux à son aise.
C'est ainsi qu'il s'aperçut que son voisin était une voisine. Ses cheveux courts, son allure décontractée, son jean et sa poitrine plus birkinienne que pamelaandersonienne l'avaient induit en erreur tant il est vrai que la relative opacité des rideaux donne souvent aux perceptions visuelles des modifications sources de méprise.

Lucio la trouva belle, très belle. Il dut bien admettre au bout de trois jours passés à ne penser qu'à elle que si ce qu'il ressentait n'était pas de l'amour, ça y ressemblait étrangement.

Il ne lui restait plus qu'à échafauder un plan pour la rencontrer. Ce fut chose aisée.
Il alla frapper à sa porte vers vingt heures:
" Excusez moi de vous déranger: j'avais prévu de faire des crêpes ce soir mais je n'ai plus de farine. Si vous pouviez m'en avancer, je vous rendrai ça demain! Entre voisins...."
" Bien sûr, je vais vous en chercher"
Elle revint rapidement et lui tendit le paquet.Et lui:
" Merci beaucoup, je m'appelle Lucio.
- Et moi, Rachel. Au revoir, Lucio!
- Au revoir, Rachel!

ll rentra chez lui, posa la farine sur la table, dîna d'un sandwich et s'endormit devant la télé.
Le lendemain, fébrile, il prit le paquet auquel il n'avait pas touché, alla sonner chez la jeune femme. Elle se fit un peu attendre mais ouvrit la porte avant qu'il ne se résolve à partir.

"Je vous rapporte votre farine
-Ah, merci, vous rentrez prendre un verre?
-Volontiers.....
..........................

- Whisky, martini, pastis?
-Whisky.
- Glaçon?
- Oui, s'il vous plaît....

Elle déposa le bloc de glace dans le verre.
- C'est curieux, à chaque fois que je vois un glaçon flotter, je pense à l'iceberg qui a détruit le Titanic!
- Ce n'était pas prudent de naviguer si près du pôle, lâcha Bertrand, intimidé...
- Près du pôle nord ou sud?
- Nord, je pense.
- Mais c'est bien le pays des ours polaires, n'est-ce pas ?" demanda Rachel qui ne se rappelait jamais lequel des pôles était peuplé d'ours et lequel abritait les pingouins.

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Mon Dieu, protège moi des travaux pénibles, du mauvais vin et des femmes acariâtres!
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