Est-ce que j'ai réellement voulu pleurer à ce moment-là...
Verser de ces larmes si agressives qu'elles arrachent tout...de l'intérieur de soi, raclant les parois du corps, jusqu'à venir broyer les émotions les plus sensibles...celles qui se veulent intouchables...celles qui se cachent jusqu'à la dernière seconde de survie.
Non, je ne crois pas, car je n'avais pas le temps...
De m'adonner à ce genre de plaisir fulgurant...celui de me laisser envahir par une violente ondée, qui noie la peau comme une très longue plainte qui a ce don merveilleux de tout délivrer...laissant le corps totalement anéanti, dans une béatitude d'après coup, sur une fausse apparence de vision d'eau calme et salvatrice.
Quelques larmes auraient peut-être suffit...
Mais non, je n'avais pas le temps d'y songer, même pas du bout de mes pensées...
La douleur était bien présente pourtant, même si je faisais tout pour l'ignorer. J'ai essayé à plusieurs reprises de m'en dévêtir, mais elle me collait si fort à l'existence...me serrait de si près à la gorge, qu'elle me grugeait le souffle à petit pas, un peu plus chaque jour…à chaque grain du sablier.
Mais je n'ai pas pleuré car je n'avais pas le temps de souffrir...
Et j'ai voulu l'expédier très loin, dans une sorte de néant aveugle, pour qu'elle ne me voit pas, mais avant de faire semblant de partir, la douleur a pris grand soin de se graver sur ma peau, me blessant d'un souvenir pervers.
Et je n'ai pas pris la peine de pleurer car je n'avais pas le temps...
Je ne voulais surtout pas donner de force à cette douleur car je suis certaine qu'elle en aurait profité pour couper le petit bout de fil, déjà trop fragile, qui me restait entre les doigts et il était déjà trop court, à mon avis et j'y tenais très fort car c'était le seul qui me restait.
Alors j'ai pris une longue inspiration de patience en espérant me souvenir comment tricoter un si petit bout de fil, si glissant entre mes doigts...c'était peut-être possible de l'allonger après tout...
Et je n'avais pas le temps de pleurer et encore moins de crier...
J'aurais pu faire peur à ce dernier petit bout de fil qui tenait encore à la vie qui s'attache à moi.
Et aujourd'hui...
Est-ce que j'ai le temps de pleurer...
Parfois...
Mais il est trop tard...