Soleil, mer, plage, cri des oiseaux taquins. Nadia et Horacio marchent lentement, laissant les traces de leurs sandales enfoncées dans le sable. Horacio a le bras gauche posé amoureusement autour des épaules nues de sa belle Nadia. L’espiègle Nadia enlace le torse nu d’Horacio.
NadiaTu sais quoi, mon conquistador ?
HoracioNon, mais tu vas me le dire, ma Lysistrata.
NadiaJ’ai envie d’entendre des choses romantiques.
HoracioJe ne connais qu’un seul poème par cœur, et c’est un slogan publicitaire pour les corn-flakes.
NadiaJe ne te demande pas de me faire des bouts rimés, mais de m’emmener ailleurs, ne serait-ce que par la pensée. A force de voir la plage tous les jours, j’en ai plein les yeux. J’ai envie d’imaginer d’autres horizons.
HoracioJ’ai toujours aimé les petits villages ruraux. Qu’est-ce que tu dirais d’une campagne champêtre et verdoyante ?
NadiaY a de la perspective… Continue !
HoracioImagine qu’au lieu de cette plage de sable beige, on soit sur une petite route campagnarde presque déserte. Au loin, on aperçoit un vieux clocher… On longe un pré à l’herbe drue. Derrière la clôture du pré, des vaches ruminent paisiblement.
NadiaDes vaches ? Mon Fantôme de l’Opéra, je t’invite au romantisme, et toi, tu me parles de bovidés qui font miam scronch gloup. Tu m’avoueras que c’est plutôt hors sujet.
HoracioJe ne le pense pas, ma stalactite chantante. La vache est un animal attendrissant, aux yeux émouvants, tout le monde te le dira.
NadiaDois-je en déduire que tu penses à une bête à cornes quand tu dis que mon regard te fait craquer ? Tu m’as toujours affirmé que tu aimais mon côté boute-en-train, pas mon aspect broute-devant-le-train.
HoracioTrès bien, si les vaches te défrisent, que voudrais-tu à la place ?
NadiaJe dirais… des faisans. J’aime bien ces oiseaux adorablement sauvages, au plumage bien coloré.
HoracioMoi, j’ veux bien ! L’os, c’est que les faisans, ça rumine pas !
NadiaEt alors, c’est indispensable qu’ils ruminent ?
HoracioC’est nécessaire à l’imagerie rurale. Une campagne sans ruminants, c’est comme un pivert sans son rire, comme un château hanté sans armures, comme un escalier de gare sans main courante, comme… comme toi sans ton grain de beauté.
NadiaVu comme ça… Bon, on trouvera un moyen. On dira qu’ils mâchent du chewing-gum.
HoracioMa délirante du logis, tu dis n’importe quoi de chez Portenawak et fils. Et ils vont faire des bulles, après, tes faisans ?
NadiaPourquoi pas ? Les faisans héros de BD en font bien, mon indomptable hippocampe.
HoracioAucun faisan n’est héros de BD !
NadiaCe sont de beaux oiseaux, mais là, ils me déçoivent, je les aurais crus plus ambitieux.
HoracioUne petite minute, j’ai une idée. On peut remplacer les vaches par des biches. Les biches, ça rumine aussi. Et c’est romantique à souhait, une biche !
NadiaCertes, mais des biches dans une prairie, derrière une clôture, ça fait un peu parc à gibier. Je les verrais mieux déchaînées, courant dans la montagne.
HoracioQué montagne ?
NadiaCelle que je viens de faire apparaître derrière ton clocher. Quoi, j’ai pas le droit de faire pousser une montagne en l’arrosant de mon imagination fertilisante ?
HoracioEt pour quelle raison démentielle veux-tu patchworkiser mon paysage avec une montagne ? Pourquoi pas des gratte-ciels, des bateaux-mouches et le Colisée, tant qu’on y est ?!
NadiaAlphonse Allais conseillait de construire les villes à la campagne. Moi, j’ai la foi qui déplace les montagnes dans les espaces ruraux, c’est pas plus tarte.
HoracioEh bien, moi, je décrète qu’on est dans un village de campagne avec rien que des pâturages. Bosquets ! Herbe ! Pré aux vaches !
NadiaFaisans !
HoracioBiches !
NadiaChiens de prairie !
HoracioClocher !
NadiaMontagne !
HoracioTu me cherches, ma campanule violette ?
NadiaTu veux te battre, mon castor junior ?
Ainsi donc, la barmaid et le maître nageur épluchent vigoureusement leurs divergences. Après dix minutes de pugilat, tae kwondo, nuage de poussière, tourbillon, étoiles et autres secousses sismiques, nos deux tourtereaux se promènent à nouveau le long de la plage, tendrement enlacés.
NadiaComment n’y a-t-on pas songé plus tôt ? S’imaginer près du mont Olympe, c’est la meilleure solution. Une gigantesque montagne, et à ses pieds, une immense prairie bucolique…
HoracioAvec des centaures qui paissent dans l’herbe…
NadiaDis-moi, ça rumine, les centaures ?
HoracioCe sont plutôt les Minotaures qui ruminent…
NadiaAh là là, faut que tu compliques tout...
_________________
Wacky un jour, Wacky toujours!